
IL NE FAUT PAS S'ATTACHER AUX COUREURS CYCLISTES
Ils sont quand même impressionnants dans toute la douleur qu'ils avalent. Ils montent des cols qu'on ne devrait jamais monter à vélo, ils bravent des vents à déplacer les os. On les regarde dans le confort de notre salon, puis on ne peut s'empêcher d'échapper... «c'est beau les Alpes!»
De ce paradoxe apparent – que de si beaux paysages puissent contenir de si cruelles souffrances – naît notre attachement pour les coureurs cyclistes. Et plus ceux-ci gagnent dans la souffrance, plus celui-là croît. Qu'un favori l'emporte, c'est très bien, mais qu'un laissé-pour-compte gagne et soudainement la vie est belle.
Prenez Emanuele Sella, un Italien pas plus haut que trois pommes que personne n'attendait dans le Giro 2008. La première fois que le grimpeur s'est envolé dans les Alpes, les autres ont laissé faire. «C'est un fou», pensaient-ils. La deuxième fois, ils ont essayé de le suivre, en vain. La troisième fois, ils n'ont même pas bronché.
C'est ainsi que le petit Sella a gagné trois étapes de montagne, au nez du roi Contador, et du petit prince Ricardo Ricco. On l'aimait beaucoup, à ce moment, le bien nommé Sella. Il nous redonnait foi en la vie. On arrivait à croire encore à ces histoires d'enfants où les faibles terrassent les forts. L'effort était récompensé. La souffrance avait payé.
À partir de ce moment, on se mettait à espérer voir Sella partout: au Tour de France, à la Vuelta, et pourquoi pas à Tout le monde en parle.
On n'a plus entendu parler de Sella pendant un mois. Puis un entrefilet dans les journaux nous a appris qu'il avait pris des trucs pas permis. Il n'est plus revenu, ni à Tout le monde en parle, ni à la Vuelta, ni au Giro. Il moisit quelque part dans un village italien.
8 comments:
Le dopage et le cyclisme sont étroitement liés depuis des décennies. Même à l'époque des Hinault, Coppi, Merckx..., la prise de substances illicites était une activité fort répandue dans le monde cycliste. Il faut arrêter avec cette hypocrisie d'un sport propre. Dès qu'il y a de l'argent et des attentes médiatiques, il faut être performant. Le cyclisme en était, par son histoire, un sport propice au dopage. Néanmoins, de nos jours, ne devrons nous plutôt dire: IL NE FAUT PAS S'ATTACHER AUX SPORTIFS DE HAUT NIVEAU?
Je dirais que ça dépend des sports. Les hockeyeurs se dopent aussi, mais comme les systèmes anti-dopage n'existent à peu près pas en hockey, personne n'est pris, personne n'est banni... On peut donc s'attacher sans crainte à nos joueurs de hockey dopés favoris.
très bien ficellé ce petit récit, très drôle - comme d'habitude. :)
signé: le crétin des Alpes
@vélomane
D'un autre côté, nous valorisons les athlètes comme des modèles de société...Un sujet sur lequel nous pourrions nous entre-tuer pendant des heures;)
La LNH est d'ailleurs une ligue privée. C'est un peu comme les fédérations de lutte burlesque. Là aussi tout est permis, aussi longtemps qu'il y a du spectacle;)
Gary Bettman
Une autre vérité souvent oubliée du vélo c'est que c'est vraiment plate à regarder. Expliquez-moi la différence avec la F1? C'est plus politiquement correct? Heureusement qu'il y a la dope pour tuer le côté politiquement correct de la chose.
Mais bon, je ne suis pas une référence parce que tous les sports m'emmerdent. Par contre, les courses, je trouve ça une coche plus plate.
Je vous laisse sur cette argumentation bien articulée.
viOler Lagréé
viOler, êtes-vous saoûl à 20h02?
Les commentaires des lecteurs de ce blogue régalent! Tu as un public doué d'humorisme supérieur, Gabriel, qui apporte une plus-value à ce blogue déjà bien écrit et très drôle.
Excellent blogue Gabriel, j'aime tes récits! Que ton verbe se propage.
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