dimanche 14 juin 2009

Dragon



(Après Saumon, voici Dragon. C'est la deuxième entrée de mon lexique du vélo en ville. Enjoy!)

Quand j'ai eu mon premier vélo, je devais avoir sept ans, le monde a rapetissé d'un coup. Ma cour, ma ruelle, mon bloc pouvaient soudainement tenir dans la paume de ma main, dans un coup de pédale et un tour de guidon. Ce sentiment, combiné à celui de vitesse – car d'aussi loin que je me rappelle, ma première impression de vitesse est associée au vélo – a provoqué chez moi une extase de petit garçon, une volonté de puissance. «Que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet», a écrit Nietzsche. Je pense que ça devait ressembler à ça, ce court instant où le vélo n'a plus été pour moi une bête indomptable, mais n'était pas encore tout à fait dompté. Où je suis allé vite, mais où, contrairement à toutes ces autres fois avant, n'ai pas eu peur.

On dit de certains toxicomanes qu'ils recherchent sans cesse la jouissance de leur première dose. Les anglos appellent ça «chasing the dragon». Je me demande si les cyclistes ne poursuivent pas aussi leur dragon. S'ils ne sont pas condamnés à rechercher à jamais l'extase du petit garçon. Le malheur étant, bien entendu, qu'on ne rattrape jamais le dragon.