(Attention: ceci est une tranche de vie)«C'est si dur de tomber si bas, quand t'as été si haut, haut, hau-haut», chantait Mitsou, notre Barbara à nous en quelque sorte. Mais si c'est vrai dans une chanson, ce l'est davantage dans la vie. Et me voici, moi, Vélomane, redevenu pauvre piéton, qui use ses godasses aux quatre coins de la ville, tout honteux et jaloux quand des cyclistes me dépassent... Quel gâchis.
Le week-end était pourtant parti du bon pied. Après un passage à Sportnographe pour défendre le dopage, je recevais les éloges d'un tas de fans, en fait surtout de ma grand-mère, que je salue ici. Le week-end s'annonçait radieux. Dimanche, de bon matin, je partais donc avec un ami que nous appellerons Bruno, au pays des calottes, une contrée lointaine où on peut rouler sans prendre une portière dans les dents. Ça détend.
Tout avait bien commencé, à part une crevaison ennuyante, et nous approchions du 60e kilomètre quand je commis une grosse connerie. Sur un petit pont de bois – très joli par ailleurs – je fis éruption à toute vitesse. Mais le joli petit pont de bois avait été construit certainement pas une famille consanguine, ou en tout cas par un menuisier aveugle et édenté, puisque les lattes étaient disposées de telle manière qu'une roue de vélo pouvait parfaitement se loger entre elles. Ce qui devait arriver, on s'en doute, arriva. Et me voilà cul par-dessus tête, et je vois le ciel, le pont, le ciel, et cette fois dans le ciel il y a Bruno, qui me passe par-dessus, et en face des automobilistes à l'arrêt ont tout vu et se marrent, c'est normal.
Voilà comment je me ramasse avec deux roues voilées, un frein et une cocotte cassées. Bruno s'est ouvert la main, il saigne. Mais des deux, qui est le plus à plaindre? Je pense que c'est moi. Car si vous laissez une main toute seule dans un coin, elle trouvera toujours le moyen de guérir. Faites l'essai avec un vélo pour voir. Je pense que cet argument est, ma foi, massue.
Le vélo est à l'atelier pour deux semaines. Ma deuxième monture se faisait repeindre – c
ar je suis un esthète– et je dois la remonter au plus vite. Entre-temps, me voilà redevenu piéton. C'est drôle dix minutes, mais après c'est lassant. Les piétons me disent souvent: «Oui, mais moi au moins j'ai le temps de penser.» Est-ce vraiment un avantage? N'a-t-on pas construit nos civilisations du divertissement justement pour éviter d'avoir à penser. Non, vraiment, penser c'est chiant.Me voilà redevenu piéton. Ou, comme le chantait Philippe Léotard: I'm a poor lonesome piéton, a long way from ma maison. Dieu ait son âme.
8 comments:
T'as qu'à faire du Bixi
Ruine pas mon mélodrame...
tu connais philippe léotard? quel joyau luron il faisait! très improbable, son frère, moins alcoolique et drole que lui, a quand même été ministre de la Défense de la France
Bon, ok, je te passe un de mes vélos.
cycliste égoïste, t'as failli tuer Bruno:)
En passant Gab, tu devrais faire un billet sur où acheter ces klaxons de camion dont on parlait dans La Presse ce matin !
Toujours, toujours enligner et rouler sur une late quand on traverse un vieux pont.... Je croyais que tu savais ca! ahah! Ton atelier chôme par exemple... Changer deux roues et une cocotte j'ai déja vu ça en meme pas 2h.
Je te comprends mon vieux, 2 semaines sans vélo, la galère!
Les pièces dude, les pièces... Faut commander deux pièces à Marinoni...
Les godasses, c'est dépassé. Tu as déjà oublier la révolution urbaine? Le Bixi, Gab, le Bixi!
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