
(Bien sûr je pourrais vous parler de choses plus importantes, comme des cyclistes qui pourront finalement rouler à Gilles-Villeneuve ou de la moustache de Michael Phelps, mais je n'avais pas envie d'aborder un sujet lourd. Alors voilà...)
Je me suis toujours demandé qui jouait au polo-vélo. Des gars tatoués, percés, barbus, sortes de squatteurs athlétiques avec des coupes de cheveux originales dans le sens de «oui j'aime ta nouvelle coupe de cheveux, c'est original». Bref, des individus affublés de toutes les caractéristiques de la marginalité et de la rébellion. Pas mal l'inverse des joueurs de polo, finalement. Mais surtout, et c'est tout à leur honneur, ce sont de jeunes gens patients, capables de jouer à un sport dérisoire et ennuyeux pendant des heures.
Paraît que le vélo-polo a été sport de démonstration aux Jeux olympiques en 1908. Un sport trop plate en 1908 pour devenir olympique devrait probablement mourir dans l'indifférence et ne jamais plus refaire surface. Mais les hipsters, qui cherchaient un sport qui aille avec leurs pignon-fixe, l'ont ressorti des boules à mites. C'est un peu comme si les tugs de LA s'affairaient à ressusciter le tir de pigeons (démonstration en 1900) ou si les prisonniers militaient pour l'haltérophilie à une main (1896, 1904 et 1906).
Bien entendu on pourra toujours faire valoir que le polo-vélo est moins ridicule que le segway-polo, et à ça, je n'ai vraiment rien à redire.

Mais je divague. Je mentionne le polo-vélo car hier soir j'ai rencontré trois joueurs de vélo-polo qui retournaient à la maison. Je le sais parce qu'ils avaient: A) des tatous ; B) des piercings; C) des coupes de cheveux originales; D) des pignon-fixe et E) des maillets qui dépassaient de leurs sacs à dos.
Ces trois spécimens roulaient donc devant moi, et montaient la Main entre Ontario et Sherbrooke. Une voiture m'a alors rapidement dépassée de cette manière sonore, rugissante presque, qui en dit beaucoup sur l'amour que porte le conducteur pour les cyclistes. Je l'ai regardée, donc, avec amusement, me dépasser. Car devant, les trois polocyclistes roulaient l'un à côté de l'autre et prenaient plus de la moitié de la ligne de droite. L'automaniaque a ralenti, et même si la voie de gauche était libre, il est resté derrière les vélos, le plus près possible d'eux, comme pour les emmerder royalement. Un des cyclistes a ralenti, est descendu à la hauteur de la bagnole, et des mots durs se sont échangés. «Tu peux-tu prendre moins de place tab...» a lancé un passager à casquette. «Écoute prends autre chemin», a répondu le polocycliste avec son français du Mile End.
Je me suis donc retrouvé au milieu de tout ça et deux instincts m'ont assailli. Le premier a été, bien sûr, de prendre le parti des cyclistes et d'engueuler copieusement l'automaniaque, de manière à lui démontrer que nous cyclistes formons une grande famille solidaire un peu comme les Crips. Le second a été d'analyser froidement la chose, me demandant si rouler à trois de côté dans une montée était une bonne idée. Habituellement, dans mes rapports aux automaniaques, le premier instinct l'emporte tout le temps, ce qui est utile pour pratiquer le lexique de jurons très fourni que j'ai acquis depuis le primaire, et qui malheureusement me sert très rarement dans la vie de tous les jours (non, je ne suis pas camionneur, ni Pierre Falardeau). Mais cette fois-ci, terrassé par le doute, j'ai choisi de me fermer la gueule.
Voici où vient ma question éthique – car il y en a une, c'est écrit dans le titre –, les polocyclistes étaient-ils dans le tort? Selon la loi, c'est clair que oui. On doit rouler à la file. Mais au-delà de la loi. Disons, dans l'ordre de la morale, dans la transcendance genre. Qui avait raison, l'automaniaque ou les polocyclistes? Franchement, Aristote n'aurait pas duré deux heures sur un vélo. Il aurait péri écrasé sous le poids du doute.
3 comments:
L'automobiliste...
Les cyclistes qui se foutent de tous les règlements donnent une mauvaise réputation à ceux qui les respectent et à ceux qui, comme moi, ne les respectent pas toutes.
Il fut une époque bénie où je ne craignais pas les contraventions.
Ouvrir
l'
inutile
valise
introduite
en
radeau
Segway = Gyropode en françâ.
Vous avez bien lu: Gy.ro.po.de
Le polo, le vrai, c'est un sport de malade, élitiste à souhait, technique et issu de l'invention du polo (en coton piqué). Il existe plein de vidéos qui confirment ce que j'avance. Celle-ci, montre par exemple, que la dislocation d'épaule ne pose aucun problème pour ces cavaliers fortunés:
http://www.youtube.com/watch?v=0ItG2oEsj_E
Et effectivement, les trois lascars n'avaient rien à faire en travers de la voie.
Si je m'appelais Martineau, je les aurais tous écrasés SANS APPUYER SUR LA PEDALE DE FREINS.
Pas certain de la justesse des propos dans cet article...
Je suis un joueur de Polo et je connais tous les gens qui jouent au Polo a Montreal ( c'est pas complique nous devons etre en gros 20 ). Je sais exactement donc qui sont les trois joueurs qui etaient sur Saint-Laurent, car toutes les semaines je remonte cette rue apres avoir joue a Pointe-Saint Charles, et ce avec les memes personnes chaque semaine...
Je suis donc en mesure d'emettre de serieux doutes sur le contenu de cet article car les gens avec qui j'etais ce jour la, tout comme moi d'ailleurs, ne sont aucunement tatoues, n'arborent aucun percing et ne peuvent pas franchement se vanter d'avoir une coupe de cheveux originale...
Enfin je comprends ces imperfections ou plutot ces enjolivement pour faire plus... plus vrai. C'est pas facile de vouloir publier des choses que l'on croit interressantes sur un blog et de ce rendre compte que finalement elles ne le sont pas
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