vendredi 12 juin 2009

Suis-je un hipster?

Mon bicyk de hipster (je l'aime quand même)

(Bien entendu, je devrais plutôt vous parler de cette pétition pour le vélo de performance sur le Circuit Gilles-Villeneuve, ou de cette critique où on apprend que Dieudonné traite les cyclistes de pédés... Mais j'ai plutôt choisi une autre tranche de vie, qui va comme suit...)

Mes jours en tant que piéton sont bel et bien terminés. J'ai remonté mon vieux vélo de piste KHS, dont le cadre vient de se faire repeindre. C'est allègre et insouciant des dangers qui guettent, donc, que je l'ai pris pour aller au boulot hier. Mais en revenant de La Presse dans la nuit, juste à l'intersection Saint-Laurent et Saint-Antoine, un truc pas cool est survenu. J'attendais que la lumière passe au vert quand deux cyclistes, des hipsters sur des fixes flambant neufs, se sont mis à tourner autour de moi.

Ceux qui n'ont jamais fait de fixe ne pourront comprendre une telle attitude. En fait, les néophytes du fixe sont incapables de rester immobiles dans une position d'attente (track stand). Dans la communauté du fixe, mettre pied à terre est une grave faute de goût. C'est l'équivalent, pour un métaleux, d'admettre qu'il aime Joe Dassin. Alors les deux bozos me tournaient autour, et l'un d'entre eux m'a dit : «Beau bicyk». Il avait sûrement vu que mon vélo était aussi un fixe et croyait manifestement avoir affaire à un membre de la confrérie. J'ai comme figé.

Plusieurs images ont défilé dans ma tête: des petites moustaches ridicules, des t-shirts ironiques, des skinny avec des clés qui pendent à une poche arrière. Ça s'est passé très vite et j'ai eu peur. L'autre, constatant que je ne bronchais pas, et conscient que l'on vit dans une ville pleine d'anglos, a cru bon rajouter: «I like your bike». C'en était trop. J'ai tout de même réussi à marmonner «merci». Suis pas sauvage, quand même.

Mais le mal était fait et je me suis demandé si je manquais de goût au rayon des vélos. Car c'est vrai que j'ai un vélo de hipster. J'avoue. Je concède. Mais j'ajoute que je ne partage presque aucune autre caractéristique du hipster. Je n'ai ni moustache ni lunettes ridicules:

Je ne fais pas de vidéos avec mes amis le samedi où on me voit foutre à terre un vélo de 1000$ trop grand pour moi:

nb - Nohanded Spin 1080 from nb on Vimeo.


Je ne fais pas non plus de vidéo intitulée Le bicyclette, en banlieue de Seattle sur une chanson de Gainsbourg:

le bicyclette from William Riley on Vimeo.

Je ne fais pas de rêves où Kanye West, vêtu d'un cardigan acheté au Village des Valeurs, flotte dans l'espace avec un fixed-gear Cinelli:


Et je n'ai aucun pignon, pédale, selle, guidon ou toute autre composante d'un vélo tatoué sur le corps:


Mais c'est quand même inquiétant. Faudra garder l'oeil ouvert.

5 comments:

Albert a dit…

Il est excellent ton blogue, Gab. Ça me donne envie d'en faire un semblable; ça s'appellerait Chroniques d'un cycliste banlieusard. Voici ma première entrée, un genre de démo.

"Hier, en roulant dans le Parc de la Gatineau, j'ai vu deux tortues. Des vraies."
(http://www.youtube.com/watch?v=98ako31Qwss)

Voilà. Tu crois que ça mérite un blogue officiel?

PARFONSK a dit…

trop bon ce post !!
whaha

André Richard a dit…

Excellent!!! Sinon j'espère que tu t'es bien remis de tes blessures.

Clément a dit…

Tu es sans doute pas un hipster, ceci dit si ta pilosité te permettait d'avoir une moustache, sans doute en aurais-tu porté une en 2007-2008

Gabriel Béland a dit…

@ Albert: C'est malade, elle mange le pigeon.
M-A-L-A-D-E-!