
C’était il y a un mois. La Ville de Montréal annonçait que la limite de vitesse dans ses rues résidentielles allait passer de 50 à 40 km/h. Les premiers panneaux seront installés graduellement vers la fin de l’été.
S’agit-il d’une bonne nouvelle? Pour les automobilistes, je présume que non. Étant moi-même un lecteur assidu de blogues de char, j’ai constaté que l’annonce y était mal reçue.
Ainsi, un blogueur déplorait l’effet que cette mesure aurait sur la «santé mentale» des automobilistes: «Je ne parle même pas des presque trois millions de dollars que coûtera cette affaire, mais bien de la santé mentale et physique des automobilistes. La Métropolitaine, Décarie, le rond-point Dorval, les chantiers de construction et maintenant, de nouvelles limites de vitesse; c’est déjà l’enfer et c’est stressant.»
Après le stress que représentent pour les chauffeurs d’autobus les cyclistes écrapous, voilà que c’est stressant de conduire lentement. J’en déduis qu’en général, toute forme de vie autre qu’automobile est stressante sur la route. C’est pourquoi Michael Schumacher est moins stressé lorsqu’il court un Grand Prix que Michel Pincourt l’est quand il doit rouler dans le Plateau.
Mais pour les autres utilisateurs de la route – piétons et cyclistes – qu’en est-il. À priori, que les voitures ralentissent est une excellente chose. Dans plusieurs sondages, lorsqu’on demande aux gens pourquoi ils ne se déplacent pas davantage en vélo, la première raison est le sentiment d’insécurité. Et les voitures qui roulent à tombeau ouvert contribuent à ce sentiment, qui est, soit dit en passant, entièrement fondé:
«Compte tenu du fait que la probabilité de décès d'un piéton est de 70 % à 50 km/h et que cette même probabilité se trouve abaissée à 25 % à 40 km/h, cette réduction de la vitesse engendrera systématiquement une réduction significative de la gravité des blessures», a dit, lors de l’annonce, le responsable du Plan de transport à la Ville de Montréal, André Lavallée.
S’agit-il d’une bonne nouvelle pour les transports actifs? Oui, c’est une bonne nouvelle si cette nouvelle limite contribue un tant soit peu à réduire la vitesse à Montréal. Déjà, la limite de 50 km/h est à peine respectée, pour quelle raison celle de 40 le serait davantage? Aucune.
J’habite à deux pas de l’avenue du Parc et chaque soir, quand je rentre, vers 23h, c’est la même rengaine: des bozos foncent à 80 km/h. La limite peut bien être de 50 km/h, l’avenue du Parc, entre des Pins et Mont-Royal, est construite comme une autoroute. Elle a huit voies. Sans blague. Huit voies.
Vous aurez beau limiter la vitesse, construire un poste de quartier, ça n’y fera rien. Si les routes sont conçues pour des vitesses mirobolantes, les automobilistes en profiteront.
On appelle ça l’effet Peltzman, ou l’effet de compensation du risque. En clair, ça va comme suit: les automobilistes réagissent aux risques qu’ils perçoivent davantage qu’à la signalisation. Si vous voulez que les voitures ralentissent, faites des routes conçues pour 40 km/h, au lieu de routes conçues pour 100 km/h avec des panneaux qui limitent la vitesse à 40. D’ailleurs, les panneaux sont jugés inutiles par une grande partie des ingénieurs de la route.
Bien sûr, aménager les rues est plus compliqué. Mais c’est aussi beaucoup plus efficace. Pour Parc, par exemple, enlever deux voies aux voitures et faire une piste cyclable qui a du bon sens (on reparlera de cette piste sur ce blogue très bientôt) serait une avenue intéressante. Sur des rues secondaires, pourquoi ne pas installer des dos d’âne? Un dos d’âne sera toujours plus efficace qu’une limite de vitesse théorique. La menace d’une contravention est moins effrayante que celle de niquer sa suspension...

Voilà comment la chose a été faite sur Hutchison au nord de Fairmount. Je n’ai jamais vu une voiture rouler au-delà de 40km/h sur cette rue. Les pots de fleurs contribuent aussi à réduire la vitesse: les conducteurs voient leur voie réduite en largeur, et vont donc moins vite. C’est ça, l’effet Peltzman. Concevez des rues où les automobilistes ne se sentent pas en sécurité, et la sécurité de tous sera, dans les faits, augmentée.
Par contre, les dos d’âne ne renflouent pas les coffres de la Ville à coups de contraventions. Ils réduisent la vitesse et rendent les rues plus sécuritaires, par contre...
2 comments:
Ajouter des chicanes sur les rues est aussi un excellent moyen dissuasif pour les fans de vitesse.
Pensez par exemple aux vélos, sur le pont Jacques Cartier, et imaginez la même chose pour les voitures...
FX
Lire le blog en entier, pretty good
Enregistrer un commentaire