mardi 18 août 2009

Du politiquement correct en vélo

C’était samedi soir au Bicycle Film Festival de Montréal. La petite foule était compacte à défaut d’être nombreuse et applaudissait plus que de raison des courts métrages pas tout à fait bons. C’était la première fois que le Festival passait à Montréal, alors pourquoi faire les difficiles?

Puis vers la fin sont venus les plats de résistance, des films un peu plus longs, un peu meilleurs. Sans surprise – puisqu’il s’agit d’un passage obligé dans ce genre d’exercice – il y a eu un film de Lucas Brunelle. Brunelle est un Américain, ancien coureur amateur devenu messager à vélo. Il a fait son nom en réalisant des films plus débiles les uns les autres. Le concept en est toujours le même: le gars participe à des courses illégales – alleycats – avec un tas de caméras sur le casque. Ce qui donne leur force à ses films, c’est qu’il pilote son vélo comme s’il voulait en finir. Il réussit toujours à suivre les premiers, ce qui souligne son statut d’athlète accompli et d’artiste total, sacrifiant la victoire pour le bien de ses films. (Il ne craint pas, non plus, d'utiliser Guns N'Roses en bande son, comme en témoigne cette vidéo.)

NYC Drag Race- Lucas Brunelle from paddy conroy on Vimeo.


Le hic, c’est que les gagnants de ces courses illégales, qui se déroulent en pleine ville, sont souvent ceux qui prennent le plus de risques. Tout n’y est pas proportionnel au molet; tout y est plutôt proportionnel aux couilles, diraient les naïfs; au manque de cervelle, diraient les méchants. Les films de Brunelle défilent donc en une suite de choix douteux, de manœuvres deux-de-quotient et autres affronts au gros bon sens.

Trois de ces courts films ont été diffusés samedi au cinéma de l’ONF pour un total d’une vingtaine de minutes de pur chaos. À la fin, les gens ont applaudi un peu, puis d’autres ont hué beaucoup. Un petit tollé comme je n’en avais pas entendu depuis longtemps. J’ai pu entendre une spectatrice, assise pas très loin de moi: «Ben c’est vrai, on chiâle parce que les autos nous respectent pas, pis là c’est l’inverse...» Je pense que ce qui a le plus choqué, c'est une scène où un cycliste dépasse un bus par la droite alors qu'une passagère en descend: en voyant le vélo foncer vers elle alors qu'elle ne s'y attend pas, elle lâche un cri d'épouvante. Il y avait donc chez une partie de l’assistance le sentiment que ce film flouait les cyclistes; que les comportements qu’on y voyait leur (nous) aliénaient la sympathie des piétons et des automobilistes.

Cette histoire a provoqué chez moi des réactions opposées. J’étais d’abord assez épaté par cette manifestation plutôt sophistiquée. Quand je roule chaque jour, une bonne part des cyclistes que je croise ne semble pas se soucier de défendre l'image de leurs pairs. Ils semblent davantage préoccupés d’aller le plus vite possible sans recevoir de contravention. J’étais donc agréablement surpris de voir que pour certains d’entre nous, être à vélo n’excuse pas tout.

En même temps, il y a un nombre infini de films à gros budget bourrés de scènes de conduite automobile dangereuse. Des films financés à coups de millions. Des films qui ne sont jamais hués au cinéma. Contrairement aux films de Brunelle, ce sont des fictions, bien sûr. Mais des fictions qui font tout de même la promotion d’une culture homicide de la voiture. Et on n’en fait pas tout un plat.

Les alleycats sont des courses dangereuses, soit. Et même si j’éprouve un plaisir certain à écouter les films de Brunelle, les alleycats n’ont pas leur raison d’être. Mais avec une centaine de participants au plus, quel effet peuvent avoir ces courses sur la psyché des piétons et des automobilistes? Sans doute un effet négatif. Mais comment le comparer à la magnitude de films à gros budgets, qui touchent des millions de spectateurs et mettent en scène des voitures folles?

La différence, c’est que les cyclistes cherchent à se faire une place dans le trafic. Ils cherchent une certaine légitimité. Ils ne peuvent se permettre d’avoir l’air de délinquants dangereux. Les automobilistes se foutent, quant à eux, pas mal des autres utilisateurs de la route. Ils en sont les rois, de la route, et n’ont pas honte de leurs fantasmes de vitesse.

C’est pourquoi, même s’il m’a rendu inconfortable, je n’ai pas hué le film de Brunelle. Y’a toujours ben des limites à s’auto-flageller.

PS: J'ai écrit hier un courriel à Brendt Barbur, organisateur du Bicycle Film Festival, et à Lucas Brunelle, histoire de savoir si le film avait été hué dans d'autres villes. Ils ne m'ont toujours pas répondu.

3 comments:

André a dit…

En fait, si je devais faire une analogie, je dirais que ces gars me font penser aux big wave surfer. C'est marrant de les regarder 2 min, mais jamais t'iras les suivre dans leurs trips. Dc de là à s'offusquer...

Tommy a dit…

Trois classiques.

Fait ici même à Montréal: http://www.youtube.com/watch?v=9N_p56mdfkM

Le classique Kartvader, de Québec:
http://www.youtube.com/watch?v=aw-59o7RUlo

Et sa parodie infoman: http://www.youtube.com/watch?v=_EDzSRyPY20

Enfin, «C'était un rendez-vous» de Claude Lelouch (1976):
http://www.vimeo.com/2840720

http://www.imdb.com/title/tt0169173/

Making-of: http://www.dailymotion.com/video/x9ydb8_claude-lelouch-cetait-un-rendezvous_auto

Anonyme a dit…

Vous avez aucune idée c'est quoi des vrais cyclistes, c'est ca qui me fait chier. De savoir que je clanche toutes ces ostis de messenger la. QUand j'en croise un qui me niaise en velo, il fait que je leve les pantalons de mon habit pour lui montrer les tans lines, les jambes rasées, mes full tattoo, mes 2 cicatrcies de jambes fracturés. Apres je leur demande si ils sont deja rendu a 15 000 km dans leur petit trippe de hipster... c'est vraiment ridicule, si tu veux faire du BMX, vas y fort. Ne ridiculise pas Eddy Merx ou Fausto Coppi en le faisant... Il y a un code qui régit les vrais rouleurs et ces gars ont aucune fucking idée... Je ne parle pas ici de faire les casses cou ou de sortir son single speed pour une belle ride sans mettre le pied a terre, je parle de soit disant athlete qui estime que man machine implique tout sauf man et machine.

J'ai honte.

J'ai encore plus honte avec l'histoire de Micheal Bryant...