jeudi 20 août 2009

Ramène pas ton vélo à l’école

Quand j’étais jeune, je marchais pour aller à l’école. Elle n’était pas très loin, c’est vrai. Mais si elle l’avait été, ma mère m’aurait mis sur un vélo et m’aurait dit, vas-y ti-gars. Jamais elle ne serait venue me porter en voiture. Pourquoi? Ben parce que c’est comme ça la vie, quand t’as tout cuit dans le bec, et gnagnagni et gnagnagna.

Bon, c’est rien. Aller à l'école à pied c’est banal, direz-vous. En fait, ça l’est de moins en moins. Je n’ai pas les chiffres québécois, désolé. Mais dans un excellent bouquin paru ce printemps, voici les données pour les États-Unis: en 1969, 42% des enfants se rendaient à l’école à pied ou à vélo; en 2001, ils n’étaient plus que 15%.

(Et la baisse n'est pas seulement due à l'étalement urbain: la chute est sensiblement la même lorsqu'on ne s'attarde qu'aux enfants vivant à 1,5 km et moins de leur école.)

Cette chute vertigineuse a bien sûr fait peur aux vélo-activistes américains. Si les enfants ne font plus de bicyclette, celle-ci est-elle condamnée à mourir? Je simplifie, je force le trait, mais le fond est là. Alors, ils ont organisé un mouvement appelé Safe Routes to School, voué à la promotion du vélo auprès des directions scolaires et des enfants.

Le congrès annuel de l’organisation débutait hier à Portland. Et devinez quoi? Selon Robert Ping, un de ses dirigeants, certaines écoles interdisent aux enfants de venir en vélo. Trop dangereux pour elles, rapporte BikePortland.org:
“It’s pervasive throughout the country and we’re hearing about it more and more,” he said. The problem, according to Ping, is that many school principals and administrators feel that biking and walking to school is simply unsafe. They are concerned about being held liable for anything that happens during the trip to and/or from school.

Ping said one safe routes advocate he heard from countered a bike ban in their community by asking the principal whether or not he felt liable for kids who drive to school. “That’s a great way to push back on this idea.”

Ping acknowledges that school principals can’t actually enforce the bans (schools are not responsible for students until they are on school grounds), but even so, they can use their “bully pulpit” to influence the community.

Ce qui est paradoxal dans tout ça, c'est que les parents et les directions scolaires ont surtout peur des accidents de la route. La trafic, voyez-vous, c'est dangereux. Pour régler le problème, les parents vont donc reconduire leurs enfants à l'école en voiture. Plus les parents font ce choix, plus il y a de trafic devant l'école, et plus les autres parents ont peur pour leurs enfants. Voilà comment on se retrouve avec un sale cercle vicieux à base de peur, d'ignorance et de pétrole.

Ah oui, j'oubliais un truc. Pendant que le nombre d'enfants se rendant à pied ou à vélo à l'école tombait en flèche, la proportion d'enfants souffrant d'obésité sévère a plus que triplé aux États-Unis.

4 comments:

Anonyme a dit…

c'est vraiment dommage de priver un enfant de son droit d'aller à l'école en bicyclette. Quant un gamin se tape un 0 (ou un gros F) au cours de maths de madame Boulard, quoi de mieux que de "pédaler pour oublier", pédaler à fond jusqu'à la décharge minicipale avec ses potes et oublier la rouste imminente qu'on va se prendre par ses parents.


et big up pour le "vas-y ti-gars." qui m'a bien fait rire.

-Pa

OL a dit…

Si tu veux les stats pour Montréal et Trois-Rivières avec de jolis graphiques, je t'encourage à te rendre à la page 24 de cette étude sur le transport actif;

http://www.villeetmobilite.ca/

velomane.org a dit…

Merci pour le lien. Les graphiques sont tout à fait jolis, et l'étude confirme que le Québec n'échappe pas à la tendance.

Paul Trepanier a dit…

Bonjour,
Une des raisons de cet état de fait, c'est que, lors d'accidents de la route, les conséquences médicales sont très dispendieuses aux USA. Et pour compenser ces dépenses, les victimes intentent des poursuites contre qui ils peuvent. Et ça restera comme ça tant que les USA n'auront pas réglé leur gros problème d'assurance-maladie. Ce qui ne ferait pas l'affaire de tout le monde...
Pour ma part, je me contenterai volontiers de rester au Québec!
Paul.