vendredi 29 mai 2009

Petites mais néanmoins vraies vérités du vélo # 3


IL NE FAUT PAS S'ATTACHER AUX COUREURS CYCLISTES

Ils sont quand même impressionnants dans toute la douleur qu'ils avalent. Ils montent des cols qu'on ne devrait jamais monter à vélo, ils bravent des vents à déplacer les os. On les regarde dans le confort de notre salon, puis on ne peut s'empêcher d'échapper... «c'est beau les Alpes!»

De ce paradoxe apparent – que de si beaux paysages puissent contenir de si cruelles souffrances – naît notre attachement pour les coureurs cyclistes. Et plus ceux-ci gagnent dans la souffrance, plus celui-là croît. Qu'un favori l'emporte, c'est très bien, mais qu'un laissé-pour-compte gagne et soudainement la vie est belle.

Prenez Emanuele Sella, un Italien pas plus haut que trois pommes que personne n'attendait dans le Giro 2008. La première fois que le grimpeur s'est envolé dans les Alpes, les autres ont laissé faire. «C'est un fou», pensaient-ils. La deuxième fois, ils ont essayé de le suivre, en vain. La troisième fois, ils n'ont même pas bronché.

C'est ainsi que le petit Sella a gagné trois étapes de montagne, au nez du roi Contador, et du petit prince Ricardo Ricco. On l'aimait beaucoup, à ce moment, le bien nommé Sella. Il nous redonnait foi en la vie. On arrivait à croire encore à ces histoires d'enfants où les faibles terrassent les forts. L'effort était récompensé. La souffrance avait payé.

À partir de ce moment, on se mettait à espérer voir Sella partout: au Tour de France, à la Vuelta, et pourquoi pas à Tout le monde en parle.

On n'a plus entendu parler de Sella pendant un mois. Puis un entrefilet dans les journaux nous a appris qu'il avait pris des trucs pas permis. Il n'est plus revenu, ni à Tout le monde en parle, ni à la Vuelta, ni au Giro. Il moisit quelque part dans un village italien.

mardi 26 mai 2009

Une Smart sur la piste cyclable



Un cycliste parisien a filmé ces images sur le cours d'une année.
Ça apprend à rester zen, le vélo.

jeudi 21 mai 2009

Les messagers sont-ils fous braques?


Une étude sur le comportement des cyclistes new-yorkais vient d'être publiée, et les résultats ne sont pas jolis. Ainsi, il appert que 37% des cyclistes dans le Midtown, partie centrale de Manhattan, traversent aux lumières rouges sans ralentir, 29 % ralentissent afin d'observer la circulation, puis brûlent les lumières, et 10 % roulent à sens contraire.

La méthodologie est béton: Peter S. Tuckel et William Milczarski, respectivement professeurs de sociologie et d'urbanisme au Hunter college, ont envoyé des étudiants à 45 intersections. Ceux-ci ont noté le comportement de 5275 cyclistes. On appelle ça un échantillon représentatif.

Par contre, ces résultats ne peuvent s'appliquer à Montréal pour une raison bien simple: 44,4% des cyclistes qui composent l'échantillon sont des messagers. C'est une proportion énorme, qui s'explique si on tient compte de la nature du quartier. Midtown est en effet un district financier et un centre-ville autrement plus dense que celui de Montréal. Pour en arriver à une telle proportion dans la métropole, il faudrait que l'étude se limite à l'intersection Guy et René-Lévesque...

Ce que l'étude montre surtout, au-delà du fait qu'une part importante des cyclistes ne respecte pas le code de la route, c'est que les messagers à vélo sont les pires à cet égard.

On s'en doutait. Mais disons que l'étude vient le confirmer. Ainsi, 40% des messagers passent aux rouges sans ralentir, contre quelque 30% chez les autres cyclistes; 16% roulent contre le sens de la circulation contre un peu moins de 10% chez les autres. Le reste des statistiques est à l'avenant: port du casque, utilisation de réflecteurs ou de lumières, etc.

(Les messagers sont plus sages que les autres cyclistes à un seul chapitre: ils sont moins nombreux à utiliser des ipod et à parler au cellulaire à vélo. Sûrement parce qu'il faut être alerte quand on brûle une rouge à 40km/h...)

Aussi hors-la-loi soient-ils, j'ai du mal à leur jeter la première pierre quand, à côté, des cyclistes qui ne roulent pas pour vivre, pour gagner leur pain, conduisent tout aussi mal.

Disons que le travail commence là.

mercredi 20 mai 2009

L.A. ça schlingue


MISE À JOUR: Un autre cycliste, activiste bien connu à L.A., a été frappé dans un délit de fuite en début de semaine. Tous les détails ici.

Dans la capitale américaine du bouchon de circulation, la vie des cyclistes ne vaut apparemment pas bien chère. Une nouvelle histoire d'horreur vient ternir un peu plus Los Angeles. Elle met en cause la police elle-même, le LAPD, à la renommée déjà sulfureuse. On savait que certains membres du LAPD avaient des penchants racistes, maintenant on sait que d'autres font partie de la grande secte des automaniaques.

Il y a moins d'un mois, un vendredi vers 2h du matin, un cycliste est frappé par un Hummer. Selon les témoignages, il roulait avec une dizaine d'amis sur la voie de droite d'une rue qui en comptait plusieurs. Le conducteur du Hummer aurait klaxonné plusieurs fois avant d'emboutir la victime, laissant croire qu'il les avait bel et bien vus. Alors qu'un cycliste criait à ses amis de noter le numéro de plaque – en vain, le véhicule n'en avait pas– le conducteur aurait menacé de sortir un pistolet. Le conducteur a ensuite essayé de fuir, son Hummer roulant sur trois vélos et blessant une autre cycliste au passage.

À la prochaine lumière, le véhicule est intercepté par des policiers. Plusieurs passagers s'échappent, dont un qui trouve de bon ton de revenir sur ses pas afin de menacer les cyclistes. S'ils s'ouvrent la trappe, il reviendra avec «60 crips».

Le policier en charge, le lieutenant Cho, recueille les témoignages. Au loin, les cyclistes voient le Hummer partir, le lieutenant Cho venir vers eux, et leur annoncer: «Je veux que tout le monde écoute, je ne répéterai pas deux fois. Si quiconque intervient, je vais partir et ne vous adresserai plus la parole. Selon ce qu'on a recueilli, il appert que le cycliste a frappé la voiture, et non que la voiture a frappé le cycliste.»

Lorsque les cyclistes protestent, et indiquent que le conducteur a tenté de fuir, le lieutenant Cho répond: «Si ç'avait été moi et ma famille dans cette voiture, j'aurais fait la même chose. Et j'ai un pistolet dans ma voiture.»

Quand, justement, un cycliste argue que le conducteur a menacé de sortir un pistolet, le policier lui demande s'il a vu le pistolet. «Non, mais je l'ai cru sur parole», répond le cycliste. «J'ai un sabre-laser dans ma poche, me croyez-vous?» répond le policier avant de partir.

Voilà comment une agression armée (un Hummer est une arme) n'est pas punie. Les cyclistes se sont organisé et ont envahi la salle du Conseil municipal pour raconter leur histoire et réclamer des mesures disciplinaires contre le lieutenant Cho. En attendant, vous pouvez lire l'histoire ici et ici.

lundi 18 mai 2009

Petites mais néanmoins vraies vérités du vélo # 1


PRENDRE UNE PHOTO DE SON VÉLO EST UNE BONNE IDÉE

Lu sur craigslist:

IF YOU ARE A BIKE THIEF - MONTREAL

please return the orange bike that was locked in front of the 3881 Coloniale. It has strong sentimental value. Also, maybe, try looking for a job, instead of stealing bikes for a living. It sucks to work, I know, cause I work. But when you work AND get your bike stolen, it sucks twice as much. Please try to not make it suck so hard.
Regards.


Les chances que le voleur rapporte le vélo sont nulles. À moins qu'il soit bipolaire, somnambule ou qu'il se convertisse à l'islam en prison. Publier une photo du vélo avec le message serait une meilleure tactique. Je suis sûr que tous les cyclistes montréalais qui se sont déjà fait voler un vélo – c'est-à-dire tous les cyclistes montréalais tout court – porteraient contre leur coeur la photo toute fripée jusqu'au jour de la vengeance. C'est d'ailleurs pourquoi il faut toujours avoir une photo de son vélo. On peut davantage compter sur une photo de son vélo que sur une conversion à l'islam.

samedi 16 mai 2009

Foglia et le Bixi


Exergue de la chronique de Foglia parue ce matin dans La Presse.

« Anyway. Je ne suis pas sûr du tout qu'on soit devant une révolution comme titrait mon journal l'autre jour à propos du Bixi. La révolution cycliste a déjà eu lieu à Montréal, probablement une des villes les plus pédalables et les plus pédalées d'Amérique, sinon du monde, quoiqu'on soit encore loin d'Amsterdam et de la plupart des grandes villes allemandes, dont Berlin.

« Franchement, je ne vois pas très bien ce que le Bixi va ajouter à cette révolution déjà accomplie. Je ne suis pas contre. C'est seulement que je me demande à qui il s'adresse au juste. Je n'arrive pas à me faire une idée du client type du Bixi. Celui qui va travailler en vélo sur une base régulière? Me semble que celui-là va finir par s'en acheter un, un vélo de ville, non? Le touriste? Ne vient-on pas de dire que ce n'était pas un vélo pour se promener? »

Pas mal d'accord avec ça.

jeudi 14 mai 2009

Messie, Bixi et Camillien-Houde


Si j'avais à analyser le discours médiatique entourant l'arrivée du Bixi, le mot «messianique» reviendrait souvent. Le Bixi n'est pas qu'un simple système de vélos en libre-service, le Bixi va mettre Montréal sur la mappe, il va tous nous rendre riches grâce à son brevet, il est une «révolution» (lu plusieurs fois) et il «nous confère une soudaine «légitimité urbaine», jusqu'alors réservée aux automobilistes ». Rien de moins.

J'ai même lu dans un quelconque média que «Montréal est Bixi». Je crois plutôt que certains journalistes sont Bixi, qu'ils sont Bixi raide même. Mais pourquoi toujours être rabat-joie, hein? Je me suis réveillé ce matin avec l'envie de l'enfourcher, ce messie.

D'autant qu'hier soir, en revenant du boulot, il m'est arrivé une mésaventure. Je n'entrerai pas dans les détails puisque je le ferai plus tard dans une rubrique qui s'appellera sûrement L'ortho du jour, et qui décrira mes rencontres avec les plus vils spécimens de cette faune qu'est la route. Sachez seulement que je remontais Saint-Laurent tard le soir quand quatre jeunes à casquette, au volant d'un jeep TJ décapotable, ont trouvé rigolo de me lancer une canette de bière vide dessus. C'est à ce moment que j'ai réalisé combien j'avais besoin «d'une soudaine légitimité urbaine». Bixi, me voici.

Je vais donc remiser mon vaillant Marinoni, qui m'a donné beaucoup de flattes, mais à peu près aucune légitimité urbaine. Pour la prochaine semaine, je vais utiliser Bixi. Une semaine à Bixi, ça, c'est du grand journalisme. On rit, on rit, mais entre une semaine en Afghanistan et une semaine sur un gros bécik de fille, que choisiriez-vous au juste. On ne rit plus tout à coup. En plus, le Bixi a failli donner une syncope à Anne-Marie Witenshaw. C'est dire.

Pour commencer ma semaine, j'ai donc décidé de frapper un grand coup. J'ai grimpé en Bixi notre petit Galibier à nous Montréalais, Camillien-Houde. Le but était d'enfin entrer dans la mémoire collective de Montréal, de me forger une place dans l'histoire aux côtés de De Maisonneuve et du maire Drapeau. Mission réussie!

Bien sûr, après deux secondes mon Marinoni me manquait. Ça a beau être un bicik de fille, c'est lourd ce machin d'alu-là. Mais j'avais besoin de légitimité urbaine, rappelons-nous. Et je dois dire que je suis agréablement surpris par le Bixi. Il se manie bien, est confortable et oblige une posture droite parfaite pour la ville. Le bruit de sa sonnette est magnifique, gentil comme toutes les sonnettes devraient l'être, mais avec un brin de nostalgie sur la fin. Les freins ne sont malheureusement pas très nerveux et les vitesses changent déjà dans une petite pétarade, ce qui n'augure rien de bon.

Le système a bien fonctionné. J'ai payé cinq dollars et bingo. Deux bornes sur dix étaient hors d'usage coin Mont-Royal et Parc, mais c'est dans les standards montréalais.

Je tire deux conclusions de ma journée: le Bixi, c'est pas si mal, mais faut être gravement retardé pour monter Camillien-Houde avec.


mardi 12 mai 2009

De la place du rose dans le sport professionnel


Comme chaque année depuis cent ans, l'Italie est en ce moment le théâtre d'une course à vélo sans pareil. Car si l'Italie est un pays sublimé, si l'Italie est dans la conscience universelle, de Macao à Roxboro, réputée un très beau pays, c'est que l'Italie est en effet un très beau pays. C'est dans ce cadre idyllique, donc, que 200 hommes se livrent une course sans merci. Là, dans les traces héroïques de Fausto Coppi et d'Eddy Merckx, les rêves se brisent sur des cols, les os se cassent dans les vaux. Après trois semaines de ce pénible labeur, un homme sort vainqueur, un surhomme même, avec une volonté de fer et des couilles d'acier. Devant une foule qui l'acclame, deux belles filles qu'on imagine venir du coin lui remettent un bouquet de fleurs et l'embrassent tendrement. Dans le registre «je veux la gloire comme Napoléon en Espagne», voilà ce qui se fait de mieux. Sauf que le surhomme est habillé de rose.

On dira ce qu'on voudra, pour plusieurs, le rose c'est pas mal moumoune. Quand on naît en Amérique du Nord et qu'on y grandit en suivant le sport, on voit tout le spectre des couleurs. Le noir, le rouge, le bleu... toutes ces couleurs viriles bien sûr. On voit aussi des couleurs semi-moumoune. On voit le mauve des Ducks, le turquoise des Dolphins, le vert douteux des regrettés Whalers, on doit s'habituer au bleu poudre des Blue Jays, faire abstraction du vieux jaune des Canucks concocté par un artiste aveugle sur le LSD, etc. Ce qu'on ne voit jamais, par contre, c'est le rose.

Pourquoi? Je me demande sincèrement pourquoi le sport professionnel nord-américain boude le rose. Pas assez viril? L'équipe parisienne de rugby, le Stade français, a un uniforme rose. Ce n'est pas parce que les gars se touchent partout que le rugby n'est pas viril. Comme les cyclistes, quoi qu'on en dise, les rugbymen pratiquent un des sports les plus demandant qui soient.

Alors, pourquoi pas une équipe de hockey en rose? Alexander Ovechkin — que ses coéquipiers raillent pour ses vêtements excentriques — notait cet automne dans une entrevue au New-York Times que «les Nord-Américains ne connaissent rien à la mode». Il a sûrement raison. Peut-être qu'il est temps d'emboîter le pas à l'Europe, d'accueillir le rose dans nos coeurs, et de faire flancher une bonne fois pour toutes celui de Don Cherry. Les Leafs en rose, je suis pour.

dimanche 10 mai 2009

Hauts et bas du Tour de l'île


Le Tour de l'île en est cet été à sa vingt-cinquième édition. Les organisateurs en ont profité pour rassembler les 25 affiches de ces 25 années. Mine de rien, en regardant tout ça, je me suis rendu compte que plusieurs m'avaient marqué. En faisant le tour, on se rend aussi compte que certaines ne sont - heureusement - pas passées à l'histoire. Celle de 2004 est intéressante à cet effet. Les pantalons sur l'acide? Les bas montés sur les jambes nues? Ils auraient pu engager une styliste. Et le background PowerPoint est pas mal aussi. À oublier. D'autres sont franchement belles. Celle de 2007 est réussie. Celle de 1989 aussi, parce que j'ai un gros faible pour les jeux de mots lamentables. Le logo de cette année annonce une affiche de qualité. Hâte de voir ça.