Une piste cyclable portable, ça vous dirait? C'est ni plus ni moins ce que proposent les concepteurs de cet ingénieux gadget, qui, je le soupçonne, se vendra comme de petits pains chauds une fois commercialisé (merci à André Martineau pour le tuyau). C'est que le LightLane semble destiné autant à ceux qui aiment les pistes cyclables et déplorent qu'il n'y en ait pas davantage, qu'à ceux qui les détestent.
En effet, le bidule en question évite le principal inconvénient des «vraies» pistes cyclables, c'est-à-dire le confinement de dizaines de cyclistes dans un espace restreint et parfois peu praticable. Avec notre piste à nous, on n'est pas contraint par des bordures ou des lignes, on est libre, etc.
Mais en y regardant de plus près, je me demande si cette invention ne risque pas, plutôt que d'éloigner les automobilistes, de les rapprocher dangereusement des cyclistes. Si ceux qui se serviront du LightLane ne subiront pas ce qu'on pourrait appeler «l'effet Walker».
Il y a quelques années, Ian Walker, psychologue à l'Université de Bath et cycliste à ses heures, a mené une expérience dont les conclusions ont remis en question le port du casque. Tout simplement, M. Walker a équipé son vélo Trek d'un senseur chargé de mesurer à quelle distance les automobilistes le dépassaient. Il a ainsi roulé à travers la campagne anglaise, parfois très loin de l'accotement, parfois plutôt proche, parfois affublé d'un casque, parfois les cheveux au vent, et finalement, parfois habillé normalement, et parfois déguisé en femme (avec perruque!).
Il a entre autres découvert que les automobilistes frôlent davantage les cyclistes qui roulent loin de l'accotement et laissent davantage d'espace à ceux qui sont à l'extrême-droite. Les voitures frôlaient aussi moins la femme (ou l'homme déguisé en femme, plutôt) que l'homme. Et finalement, et c'est là la conclusion la plus surprenante de son étude, les voitures frôlaient davantage les cyclistes portant un casque.
Cette conclusion peut laisser croire qu'il est plus dangereux de porter un casque à vélo. Le lobby du casque et les bons pères de la Santé publique ont donc vertement critiqué l'étude. Il reste que peu de recherches aussi sérieuses ont étudié la sécurité des cyclistes sous l'angle des dépassements automobiles.
Ce qui nous ramène à notre LightLane. Ce bidule pourrait-il avoir le même effet sur les automobilistes que le casque. En d'autres mots, pourrait-il être dangereux pour les cyclistes comme l'étude de Walker le suggère pour le casque?
Ça semble contre-intuitif: comment des automobilistes pourraient-ils sciemment mettre en danger des cyclistes qui, par soucis de sécurité, illuminent leur espace vital?
Il faut savoir que plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les résultats de l'étude de Walker. La plus simple veut que les conducteurs considèrent comme moins fragiles les cyclistes qui portent un casque. Ils pourraient, donc, se permettre de les frapper. Cette hypothèse, qui donne froid dans le dos, a été mise de côté au profit d'une autre, plus plausible. Les cyclistes qui portent un casque ont l'air plus compétents. En ce sens, ils semblent moins susceptibles de changer brusquement de trajectoire, ou de tomber par exemple. Les automobilistes s'octroient ainsi la liberté de «coller» davantage ces cyclistes sérieux que les bums qui vont sans casque.
C'est logique et tout à fait plausible. Maintenant, un cycliste utilisant une «piste cyclable personnelle» aura-t-il l'air plus sérieux que celui qui n'a, disons, que des feux clignotants? Probablement. En ce sens, le LightLane pourrait avoir l'effet inverse de celui désiré.
Ce que je vais avancer est bien entendu partiel et pas du tout vérifiable, mais je pense que la meilleure façon d'éloigner les voitures, c'est d'avoir l'air d'un lunatique total.
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