lundi 29 juin 2009

«L'effet Walker» et la piste perso



Une piste cyclable portable, ça vous dirait? C'est ni plus ni moins ce que proposent les concepteurs de cet ingénieux gadget, qui, je le soupçonne, se vendra comme de petits pains chauds une fois commercialisé (merci à André Martineau pour le tuyau). C'est que le LightLane semble destiné autant à ceux qui aiment les pistes cyclables et déplorent qu'il n'y en ait pas davantage, qu'à ceux qui les détestent.

En effet, le bidule en question évite le principal inconvénient des «vraies» pistes cyclables, c'est-à-dire le confinement de dizaines de cyclistes dans un espace restreint et parfois peu praticable. Avec notre piste à nous, on n'est pas contraint par des bordures ou des lignes, on est libre, etc.

Mais en y regardant de plus près, je me demande si cette invention ne risque pas, plutôt que d'éloigner les automobilistes, de les rapprocher dangereusement des cyclistes. Si ceux qui se serviront du LightLane ne subiront pas ce qu'on pourrait appeler «l'effet Walker».

Il y a quelques années, Ian Walker, psychologue à l'Université de Bath et cycliste à ses heures, a mené une expérience dont les conclusions ont remis en question le port du casque. Tout simplement, M. Walker a équipé son vélo Trek d'un senseur chargé de mesurer à quelle distance les automobilistes le dépassaient. Il a ainsi roulé à travers la campagne anglaise, parfois très loin de l'accotement, parfois plutôt proche, parfois affublé d'un casque, parfois les cheveux au vent, et finalement, parfois habillé normalement, et parfois déguisé en femme (avec perruque!).

Il a entre autres découvert que les automobilistes frôlent davantage les cyclistes qui roulent loin de l'accotement et laissent davantage d'espace à ceux qui sont à l'extrême-droite. Les voitures frôlaient aussi moins la femme (ou l'homme déguisé en femme, plutôt) que l'homme. Et finalement, et c'est là la conclusion la plus surprenante de son étude, les voitures frôlaient davantage les cyclistes portant un casque.

Cette conclusion peut laisser croire qu'il est plus dangereux de porter un casque à vélo. Le lobby du casque et les bons pères de la Santé publique ont donc vertement critiqué l'étude. Il reste que peu de recherches aussi sérieuses ont étudié la sécurité des cyclistes sous l'angle des dépassements automobiles.

Ce qui nous ramène à notre LightLane. Ce bidule pourrait-il avoir le même effet sur les automobilistes que le casque. En d'autres mots, pourrait-il être dangereux pour les cyclistes comme l'étude de Walker le suggère pour le casque?

Ça semble contre-intuitif: comment des automobilistes pourraient-ils sciemment mettre en danger des cyclistes qui, par soucis de sécurité, illuminent leur espace vital?

Il faut savoir que plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer les résultats de l'étude de Walker. La plus simple veut que les conducteurs considèrent comme moins fragiles les cyclistes qui portent un casque. Ils pourraient, donc, se permettre de les frapper. Cette hypothèse, qui donne froid dans le dos, a été mise de côté au profit d'une autre, plus plausible. Les cyclistes qui portent un casque ont l'air plus compétents. En ce sens, ils semblent moins susceptibles de changer brusquement de trajectoire, ou de tomber par exemple. Les automobilistes s'octroient ainsi la liberté de «coller» davantage ces cyclistes sérieux que les bums qui vont sans casque.

C'est logique et tout à fait plausible. Maintenant, un cycliste utilisant une «piste cyclable personnelle» aura-t-il l'air plus sérieux que celui qui n'a, disons, que des feux clignotants? Probablement. En ce sens, le LightLane pourrait avoir l'effet inverse de celui désiré.

Ce que je vais avancer est bien entendu partiel et pas du tout vérifiable, mais je pense que la meilleure façon d'éloigner les voitures, c'est d'avoir l'air d'un lunatique total.

Visez ceci:

jeudi 25 juin 2009

Qui croire

(Attention: ceci ne parle pas de vélo)

Des rumeurs peuvent-elles être relancées à 19h17, puis se dissiper à 20h54? Selon la rumeur, paraît que oui.


Cyberpresse, 24 juin, 19h17


Rue Frontenac, 24 juin, 20h54

mardi 23 juin 2009

Sacré monde cruel

La lumière, aujourd'hui comme hier,
c'est qui la porte que l'on tue
et les porteurs se substituent,
mais rien n'altère la lumière
Ces beaux vers sont d'Aragon et ils sont revenus à ma mémoire alors que je pédalais tout à l'heure, hop, comme ça. Alors je me suis dit que je pourrais pour une fois être du côté de la lumière, comme le Dalaï Lama, Barack Obama et Francis Reddy. Aux côtés de ces augustes personnages, chaque jour est une occasion nouvelle de faire de bonnes actions et d'améliorer le sort de l'humanité. Certains le font en partageant leur message de paix, d'autres par la kiwithérapie. Tout se vaut, n'est-ce-pas.

Aujourd'hui, donc, ma bonne action s'attaque au vol de vélos. On le sait, les voleurs de vélos existent. C'est-à-dire qu'on s'en doutait un peu depuis toujours puisque les vélos disparaissaient. Mais certains parlaient de combustion spontanée ou de bécanes fugueuses en crise d'adolescence. C'était sans compter sur le Journal de Montréal, qui a prouvé en 2006 que les voleurs existaient bel et bien hors de tout doute. Merci, Journal!

video

Je me suis alors mis à éplucher Craigslist et ai trouvé une réclame parfaite pour un altruiste en manque de lumière: «STOLEN VINTAGE BIKE-PLEASE HELP!! (Rosemont)»

Le PLEASE HELP m'a beaucoup touché, mais ce qui m'a convaincu de relever le défi, c'est qu'une photo était jointe (tout en haut). On a déjà parlé ici de l'importance de prendre son vélo en photo. On y reviendra ultérieurement sur ce blogue, mais sachez que la vie de votre vélo en dépend. Bien sûr, la photo n'est pas d'une très grande qualité, ce qui est une erreur on ne peut plus funeste, mais on arrive à discerner l'essentiel: ce vélo a un guidon, deux roues et une selle. Ça devrait suffire.

Voici le reste du message:
Hi!

My beloved vintage bike was stolen on Wednesday night (June 17th) between 7:00pm and 11:00 pm on rue de Saint-Vallier, corner Beaubien, in Rosemont.
This is a longshot, but if anyone has heard or seen of it, please write...
I promise a nice REWARD!

Thieves are horrible people...it broke my heart to find out that the first bike I ever had to myself was stolen...I really loved it...
Please please please please please, somebody be kind enough to lead me back to it!!!!!
Thank you for your help

p.s: Here's a photo of it...but since that photo, i've added a basket on front (but the basket was off when it was stolen, so logically, there would still be the attachement for the basket in front...)

Je me dis qu'on pourrait utiliser les pouvoirs de l'internet pour retrouver ce vélo. Passez donc ce message à qui vous voudrez, jusqu'à ce qu'on retrouve le vélo et le rapporte à sa propriétaire afin que son coeur ne saigne plus.

Si vous avez des scrupules à inonder de courriels vos amis, repensez à ces mots: «Please please please please please, somebody be kind enough to lead me back to it!!!!!»

Sacré monde cruel.

vendredi 19 juin 2009

Question d'éthique


(Bien sûr je pourrais vous parler de choses plus importantes, comme des cyclistes qui pourront finalement rouler à Gilles-Villeneuve ou de la moustache de Michael Phelps, mais je n'avais pas envie d'aborder un sujet lourd. Alors voilà...)

Je me suis toujours demandé qui jouait au polo-vélo. Des gars tatoués, percés, barbus, sortes de squatteurs athlétiques avec des coupes de cheveux originales dans le sens de «oui j'aime ta nouvelle coupe de cheveux, c'est original». Bref, des individus affublés de toutes les caractéristiques de la marginalité et de la rébellion. Pas mal l'inverse des joueurs de polo, finalement. Mais surtout, et c'est tout à leur honneur, ce sont de jeunes gens patients, capables de jouer à un sport dérisoire et ennuyeux pendant des heures.

Paraît que le vélo-polo a été sport de démonstration aux Jeux olympiques en 1908. Un sport trop plate en 1908 pour devenir olympique devrait probablement mourir dans l'indifférence et ne jamais plus refaire surface. Mais les hipsters, qui cherchaient un sport qui aille avec leurs pignon-fixe, l'ont ressorti des boules à mites. C'est un peu comme si les tugs de LA s'affairaient à ressusciter le tir de pigeons (démonstration en 1900) ou si les prisonniers militaient pour l'haltérophilie à une main (1896, 1904 et 1906).

Bien entendu on pourra toujours faire valoir que le polo-vélo est moins ridicule que le segway-polo, et à ça, je n'ai vraiment rien à redire.


Mais je divague. Je mentionne le polo-vélo car hier soir j'ai rencontré trois joueurs de vélo-polo qui retournaient à la maison. Je le sais parce qu'ils avaient: A) des tatous ; B) des piercings; C) des coupes de cheveux originales; D) des pignon-fixe et E) des maillets qui dépassaient de leurs sacs à dos.

Ces trois spécimens roulaient donc devant moi, et montaient la Main entre Ontario et Sherbrooke. Une voiture m'a alors rapidement dépassée de cette manière sonore, rugissante presque, qui en dit beaucoup sur l'amour que porte le conducteur pour les cyclistes. Je l'ai regardée, donc, avec amusement, me dépasser. Car devant, les trois polocyclistes roulaient l'un à côté de l'autre et prenaient plus de la moitié de la ligne de droite. L'automaniaque a ralenti, et même si la voie de gauche était libre, il est resté derrière les vélos, le plus près possible d'eux, comme pour les emmerder royalement. Un des cyclistes a ralenti, est descendu à la hauteur de la bagnole, et des mots durs se sont échangés. «Tu peux-tu prendre moins de place tab...» a lancé un passager à casquette. «Écoute prends autre chemin», a répondu le polocycliste avec son français du Mile End.

Je me suis donc retrouvé au milieu de tout ça et deux instincts m'ont assailli. Le premier a été, bien sûr, de prendre le parti des cyclistes et d'engueuler copieusement l'automaniaque, de manière à lui démontrer que nous cyclistes formons une grande famille solidaire un peu comme les Crips. Le second a été d'analyser froidement la chose, me demandant si rouler à trois de côté dans une montée était une bonne idée. Habituellement, dans mes rapports aux automaniaques, le premier instinct l'emporte tout le temps, ce qui est utile pour pratiquer le lexique de jurons très fourni que j'ai acquis depuis le primaire, et qui malheureusement me sert très rarement dans la vie de tous les jours (non, je ne suis pas camionneur, ni Pierre Falardeau). Mais cette fois-ci, terrassé par le doute, j'ai choisi de me fermer la gueule.

Voici où vient ma question éthique – car il y en a une, c'est écrit dans le titre –, les polocyclistes étaient-ils dans le tort? Selon la loi, c'est clair que oui. On doit rouler à la file. Mais au-delà de la loi. Disons, dans l'ordre de la morale, dans la transcendance genre. Qui avait raison, l'automaniaque ou les polocyclistes? Franchement, Aristote n'aurait pas duré deux heures sur un vélo. Il aurait péri écrasé sous le poids du doute.

lundi 15 juin 2009

Tout nu dans rue sans but


C'était hier la deuxième édition montréalaise de ce qui, je l'espère, ne deviendra pas une tradition: le défilé des cyclonudistes. C'est que, voyez-vous, n'étant pas fan au demeurant du nudisme, je suis carrément opposé à celui-ci lorsqu'il est associé au vélo. Plusieurs raisons expliquent cela, mais celle voulant qu'une couche de tissu doive en tout temps séparer le fessier de la selle est probablement la principale.

Mais comme je suis un gars correct et que j'ai appris au cégep le devoir d'honnêteté intellectuelle, je vais tout de même essayer de me mettre dans la peau de ces freaks. Pourquoi font-ils cela? La question est bonne, mais la réponse que j'ai trouvée sur leur site ne l'est pas.

Nous confrontons la circulation automobile avec nos corps nus puisque c'est la meilleure façon de défendre notre dignité et d'exposer les dangers qu'affrontent les cyclistes, en plus des conséquences négatives qui nous attendent à cause de notre dépendance au pétrole et à d'autres formes d'énergies non-renouvelables.


Rien de moins. La meilleure façon de défendre notre dignité? Se foutre à poil! Et comment exposez-vous les dangers de l'automobile et des énergies non-renouvelables? «Ouh, attention, nous sommes les nudistes justiciers venus vous hanter, ouhouh, et si vous continuez à conduire une voiture, nous reviendrons chaque année nus et suants sur nos selles peupler vos rêves d'images insolites...» Si c'était une menace, ça pourrait marcher. Mais ce n'est pas une menace, les nudistes sont trop fins pour ça, toute l'affaire est une grosse opération symbolique, une métaphore. Une métaphore sur la fragilité des corps et la dureté rationnelle de l'automobile qui broie la chair et prend des vies. C'est vraiment révolutionnaire.

Comme tout mouvement qui se respecte, le cyclonudisme puise dans un passé glorieux. Ainsi, dans la section historique du site, on peut lire: «La bicyclette a été inventée dans les années 1800. Les vêtements anciens étaient très encombrants et dangereux pour le cycliste. Il y a peu de doutes que plusieurs ont essayé de rouler à vélo nus, même s'il existe peu d'informations sur ces pratiques.»

Devant le peu de connaissances sur le glorieux passé du cyclonudisme, ses adeptes ont donc ressorti de vieilles affiches publicitaires de fabricants de cycles français, où on voit des pitounes sur des bicyks, comme aujourd'hui on les voit sur des gros chars. Comme ces pubs sont très vieilles et très françaises, les cyclonudistes semblent en être fiers et tirer d'elles une justification tant désirée. C'est plutôt comique de voir ces critiques du système baser leur argumentaire sur les campagnes marketing de l'équivalent contemporain de Ford ou Volkswagen.


Selon cette logique, pourquoi ne pas organiser une journée annuelle où l'on tond la pelouse à poil:

Où l'on saute dans des pâtes à l'ail à poil:


Ou la journée internationale du câlin à une grosse batterie à poil :

Bon, voyez où je veux en venir. De tout ça, je retiens surtout que les cyclonudistes ne se foutent pas à poil pour changer le monde. Ils se foutent à poil parce qu'ils aiment ça. C'est correct, il n'y a rien de mal là-dedans. À part la selle, bien sûr.

dimanche 14 juin 2009

Dragon



(Après Saumon, voici Dragon. C'est la deuxième entrée de mon lexique du vélo en ville. Enjoy!)

Quand j'ai eu mon premier vélo, je devais avoir sept ans, le monde a rapetissé d'un coup. Ma cour, ma ruelle, mon bloc pouvaient soudainement tenir dans la paume de ma main, dans un coup de pédale et un tour de guidon. Ce sentiment, combiné à celui de vitesse – car d'aussi loin que je me rappelle, ma première impression de vitesse est associée au vélo – a provoqué chez moi une extase de petit garçon, une volonté de puissance. «Que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet», a écrit Nietzsche. Je pense que ça devait ressembler à ça, ce court instant où le vélo n'a plus été pour moi une bête indomptable, mais n'était pas encore tout à fait dompté. Où je suis allé vite, mais où, contrairement à toutes ces autres fois avant, n'ai pas eu peur.

On dit de certains toxicomanes qu'ils recherchent sans cesse la jouissance de leur première dose. Les anglos appellent ça «chasing the dragon». Je me demande si les cyclistes ne poursuivent pas aussi leur dragon. S'ils ne sont pas condamnés à rechercher à jamais l'extase du petit garçon. Le malheur étant, bien entendu, qu'on ne rattrape jamais le dragon.

vendredi 12 juin 2009

Suis-je un hipster?

Mon bicyk de hipster (je l'aime quand même)

(Bien entendu, je devrais plutôt vous parler de cette pétition pour le vélo de performance sur le Circuit Gilles-Villeneuve, ou de cette critique où on apprend que Dieudonné traite les cyclistes de pédés... Mais j'ai plutôt choisi une autre tranche de vie, qui va comme suit...)

Mes jours en tant que piéton sont bel et bien terminés. J'ai remonté mon vieux vélo de piste KHS, dont le cadre vient de se faire repeindre. C'est allègre et insouciant des dangers qui guettent, donc, que je l'ai pris pour aller au boulot hier. Mais en revenant de La Presse dans la nuit, juste à l'intersection Saint-Laurent et Saint-Antoine, un truc pas cool est survenu. J'attendais que la lumière passe au vert quand deux cyclistes, des hipsters sur des fixes flambant neufs, se sont mis à tourner autour de moi.

Ceux qui n'ont jamais fait de fixe ne pourront comprendre une telle attitude. En fait, les néophytes du fixe sont incapables de rester immobiles dans une position d'attente (track stand). Dans la communauté du fixe, mettre pied à terre est une grave faute de goût. C'est l'équivalent, pour un métaleux, d'admettre qu'il aime Joe Dassin. Alors les deux bozos me tournaient autour, et l'un d'entre eux m'a dit : «Beau bicyk». Il avait sûrement vu que mon vélo était aussi un fixe et croyait manifestement avoir affaire à un membre de la confrérie. J'ai comme figé.

Plusieurs images ont défilé dans ma tête: des petites moustaches ridicules, des t-shirts ironiques, des skinny avec des clés qui pendent à une poche arrière. Ça s'est passé très vite et j'ai eu peur. L'autre, constatant que je ne bronchais pas, et conscient que l'on vit dans une ville pleine d'anglos, a cru bon rajouter: «I like your bike». C'en était trop. J'ai tout de même réussi à marmonner «merci». Suis pas sauvage, quand même.

Mais le mal était fait et je me suis demandé si je manquais de goût au rayon des vélos. Car c'est vrai que j'ai un vélo de hipster. J'avoue. Je concède. Mais j'ajoute que je ne partage presque aucune autre caractéristique du hipster. Je n'ai ni moustache ni lunettes ridicules:

Je ne fais pas de vidéos avec mes amis le samedi où on me voit foutre à terre un vélo de 1000$ trop grand pour moi:

nb - Nohanded Spin 1080 from nb on Vimeo.


Je ne fais pas non plus de vidéo intitulée Le bicyclette, en banlieue de Seattle sur une chanson de Gainsbourg:

le bicyclette from William Riley on Vimeo.

Je ne fais pas de rêves où Kanye West, vêtu d'un cardigan acheté au Village des Valeurs, flotte dans l'espace avec un fixed-gear Cinelli:


Et je n'ai aucun pignon, pédale, selle, guidon ou toute autre composante d'un vélo tatoué sur le corps:


Mais c'est quand même inquiétant. Faudra garder l'oeil ouvert.

mercredi 10 juin 2009

I'm a poor lonesome piéton

(Attention: ceci est une tranche de vie)

«C'est si dur de tomber si bas, quand t'as été si haut, haut, hau-haut», chantait Mitsou, notre Barbara à nous en quelque sorte. Mais si c'est vrai dans une chanson, ce l'est davantage dans la vie. Et me voici, moi, Vélomane, redevenu pauvre piéton, qui use ses godasses aux quatre coins de la ville, tout honteux et jaloux quand des cyclistes me dépassent... Quel gâchis.

Le week-end était pourtant parti du bon pied. Après un passage à Sportnographe pour défendre le dopage, je recevais les éloges d'un tas de fans, en fait surtout de ma grand-mère, que je salue ici. Le week-end s'annonçait radieux. Dimanche, de bon matin, je partais donc avec un ami que nous appellerons Bruno, au pays des calottes, une contrée lointaine où on peut rouler sans prendre une portière dans les dents. Ça détend.

Tout avait bien commencé, à part une crevaison ennuyante, et nous approchions du 60e kilomètre quand je commis une grosse connerie. Sur un petit pont de bois – très joli par ailleurs – je fis éruption à toute vitesse. Mais le joli petit pont de bois avait été construit certainement pas une famille consanguine, ou en tout cas par un menuisier aveugle et édenté, puisque les lattes étaient disposées de telle manière qu'une roue de vélo pouvait parfaitement se loger entre elles. Ce qui devait arriver, on s'en doute, arriva. Et me voilà cul par-dessus tête, et je vois le ciel, le pont, le ciel, et cette fois dans le ciel il y a Bruno, qui me passe par-dessus, et en face des automobilistes à l'arrêt ont tout vu et se marrent, c'est normal.

Voilà comment je me ramasse avec deux roues voilées, un frein et une cocotte cassées. Bruno s'est ouvert la main, il saigne. Mais des deux, qui est le plus à plaindre? Je pense que c'est moi. Car si vous laissez une main toute seule dans un coin, elle trouvera toujours le moyen de guérir. Faites l'essai avec un vélo pour voir. Je pense que cet argument est, ma foi, massue.

Le vélo est à l'atelier pour deux semaines. Ma deuxième monture se faisait repeindre – car je suis un esthète– et je dois la remonter au plus vite. Entre-temps, me voilà redevenu piéton. C'est drôle dix minutes, mais après c'est lassant. Les piétons me disent souvent: «Oui, mais moi au moins j'ai le temps de penser.» Est-ce vraiment un avantage? N'a-t-on pas construit nos civilisations du divertissement justement pour éviter d'avoir à penser. Non, vraiment, penser c'est chiant.

Me voilà redevenu piéton. Ou, comme le chantait Philippe Léotard: I'm a poor lonesome piéton, a long way from ma maison. Dieu ait son âme.

lundi 8 juin 2009

Saumon

(voici le début d'une grande aventure, la mise en ligne d'un lexique du vélo en ville qui ira au fond des vraies affaires. Le premier mot, en ce lundi plein de soleil: saumon. Enjoy!)
Des saumons dans leur habitat naturel, le Mile End.

Le saumon est un poisson migrateur qui remonte le cours des rivières et qui, par cette dernière caractéristique, a prêté son nom à certains cyclistes. Les saumons, en effet, sont de cette race emmerdante qui va à contre-courant, dans le sens propre et, qui sait, peut-être aussi dans le sens figuré. Le saumon moyen sait bien que de rouler à contre-sens est interdit, mais se le permet puisqu'il considère que ce règlement ne s'applique qu'aux autres, comme l'ensemble du code de la route par ailleurs. Le saumon reste insensible aux admonestations des automobilistes, une race qu'il méprise puisqu'elle pollue. De cette supériorité écolo lui vient la force de briser les lois sans état d'âme. Les choses se compliquent lorsqu'un cycliste, qui s'affairait à se mêler de ses affaires et roulait, lui, dans le sens de la circulation, apostrophe un saumon. Alors le saumon, dépourvu de sa verte amulette, aura parfois la réaction de fermer sa gueule réalisant quel égoïste, dangereux et profondément narcissique personnage il est. Plus souvent par contre, il rangera le cycliste réprobateur dans la catégorie des collabos de l'auto ou plus simplement des emmerdeurs. Notez que contrairement au saumon sauvage, le saumon cycliste n'est pas en voie de disparition et recrute tant chez les hommes, les femmes, les enfants, les vieillards que les lesbiennes de toutes sortes.

lundi 1 juin 2009

L'aimant, l'absent et le tout-puissant

Carlos Sastre et Lance Armstrong dans une compétition de lunettes laides.

Comme les vieilles chipies qui lisent l'avenir dans le marc du café et les reporters de TVA qui en font autant dans les boîtes de Timbits, le Tour d'Italie nous offre chaque année une petite fenêtre sur le futur. Parfois, on y voit un prologue au Tour de France, les forces en présence sont claires et les faibles sont démasqués. Plus souvent qu'autrement, par contre, on n'y voit rien du tout...

Prenez l'édition centenaire qui vient de s'achever. Un beau cru, qui sans être spectaculaire a donné du bon vélo et une lutte digne de ce nom entre le favori local et le gros méchant Russe. Au final, Dennis Menchov l'a emporté avec 41 secondes d'avance sur le gentleman des Abruzzes, Danilo Di Luca. Le contre-la-montre final a été de toute beauté: Menchov qui perd du terrain sur Di Luca, son avance fond peu à peu mais le Russe se ressaisit, y met toute la gomme, revient, tire, c'est joué, c'est gagné, plus qu'un kilomètre et c'est la consécration, le point fort d'une carrière jonchée de succès mais désertée par la gloire, puis viennent les pavés, il pleut, c'est mouillé, et Menchov tombe. À ce moment, Di Luca est à la ligne, fixe l'horloge, le temps qui file, et il doit contempler l'idée de gagner ainsi: «je vais gagner ce Giro grâce à un pavé mouillé.» Pour Menchov, c'est l'inverse d'un pavé dans la marre, un pavé dans la gueule, mettons. Mais il se relève, prend un nouveau vélo, mouline sec et finalement gagne haut la main.

Voilà, tout est dit, alors, Menchov, le prochain gagnant du Tour de France? Peut-être bien. C'est un cycliste honnête, un tout-terrain. Il sprinte, grimpe et mouline bien. Ce n'est pas donné à tout le monde. Il est constant, ce qui non plus n'est pas donné à tous. Il rivalise dans tous les aspects de la course, mais sans panache. Son sprint est efficace, mais tellement ridicule tant il tangue son vélo. Sa grimpe est honnête, mais n'importe quel bon flingueur lui fera mordre la poussière dans le pentu. Ce Giro pour Menchov se résume à deux victoires d'étape et à une capacité effarante de rester dans la roue de Di Luca. L'aimant Menchov aura d'autres roues devant lui durant la Grande boucle, et je pense que celles-là seront beaucoup plus dures à suivre...

Dans ce Tour d'Italie, on retrouvait l'alter-ego exemplaire de Denis Menchov. Un cycliste qui contrairement au Russe, a tout fait mal, mais avec panache. Carlos Sastre, bon quatrième de l'épreuve, a été le plus dur, le plus cruel et le plus explosif de ce Tour d'Italie. Deux victoires d'étape immenses, dont la plus belle, l'étape-reine, celle de Monte Petrano. Une étape si dure que Lance Armstrong a dit le lendemain n'en avoir jamais vue de si terrifiante. Carlos Sastre, donc, sera tout-puissant dans la montagne française. Mais je serais surpris de le voir gagner un deuxième Tour de France d'affilée. Il a autant exposé ses forces que ses faiblesses dans ce Giro, et les unes comme les autres sont spectaculaires.

Moins impressionnant dans la défaite, Lance Armstrong n'a gagné aucune étape de ce Giro. Douzième au classement général, le revenant aura dû composer avec quatre années de repos et une équipe Astana en pleine crise financière. Finalement, le seul titre auquel il peut aspirer est celui d'absent par excellence de ce Tour d'Italie. Mais même celui-là ne lui est pas destiné... Alberto Contador est celui qui manquait à l'appel, ayant préféré tout miser sur le Tour de France. Sans l'Espagnol, maillot rose 2008, pour trancher les disputes de Menchov, Di Luca et Sastre, que vaut cette édition centenaire?

Entre l'aimant, le tout-puissant et l'absent, rien n'est joué, rien n'a été réglé dans ce Tour d'Italie. L'issue du prochain Tour de France se devine certainement mieux dans les restes d'un café...

PS: Toutes les épreuves du Tour d'Italie 2009 sont disponibles ici.